Patrick Le Quément : gourou du design Renault Figures

Avec sa création maîtresse, la Mégane II.

Le Quément aux côtés du concept car Altica.

 

Repères chronologiques

1945 : Naissance de Patrick Le Quément à Marseille

1966 : Entrée de Patrick Le Quément chez Simca

1967 : Fondation du Studio de Design Simca par Patrick Le Quément avec John Pinko

1968 : Entrée chez Ford, à Cologne, en tant que designer

1971 : Passage chez Ford Allemagne

1974 : Direction du studio de design Ford

1976 : Entrée chez Ford, à Dunton

1979 : Responsable du Design à Cologne et adjoint de Uwe Bahnsen

1985-1987 : Direction d'un studio Volkswagen à Düsseldorf

1988 : Entrée chez Renault à 43 ans comme directeur du Design Industriel

1995 : Directeur de la qualité et du design + entrée au comité de direction Renault

Esprit ouvert et voyageur, Patrick Le Quément donne de lui-même une image subtile et étudiée, jamais monolithique. Il dit aimer "fuir l'uniformité et les uniformes". Récemment encore, il affirmait que "l'automobile est un objet mythique que l'on se doit d'entretenir. Le danger est que l'auto devienne un produit quelconque". A soixante-deux ans, Le directeur de Renault Design ne songe donc pas aux joies de la retraite. Mais peut-on parler de retraite à un passionné ?

"Dès ma plus jeune enfance, j'ai été attiré par l'automobile. Habitant à Marseille, j'allais régulièrement avec mon père à Monaco, Nice et Cannes. Là, j'ai découvert des voitures extraordinaires comme les Ferrari1, les Maserati, les Aston Martin". Le Quément passera une adolescence baignée dans la culture anglaise que lui offre sa mère, elle-même anglaise. Elle l'enverra très tôt en pension en Angleterre, où naîtra un certain attachement pour les auteurs anglo-saxons. La lecture reste aujourd'hui encore une compagne omniprésente et il se définit lui-même comme un lecteur « éclectique et boulimique ». Par goût et par réflexe professionnel, ses sujets de prédilection l'entraînent dans un univers des arts, de l'architecture, de la décoration ou du design mais aussi, forcément, vers l'industrie automobile.

Cette industrie automobile, qui le fascine donc déjà au cœur des trente glorieuses, Patrick Le Quément l'aborde en 1966, avec en poche un diplôme de l'école polytechnique de Birmingham (devenue aujourd'hui l'Université centrale d'Angleterre). Il effectue ses débuts professionnels chez Simca. Sous l'impulsion du styliste italien Mario Revelli de Beaumont, Simca a déjà constitué un véritable studio de style, à une époque où aucun autre constructeur français n'y a encore songé. Chez Simca, Le Quément dira qu'il s'est contenté "d'affuter ses crayons". En 1967, lui et son chef John Pinko décident de voler de leurs propres ailes et fondent l'agence Style International, qui ne survivra pas longtemps dans un contexte socio-économique agité. Mais comme le dira Le Quément plus tard : "Le plus grand risque, c'est de ne pas prendre de risques du tout !"

L'année suivante, il est engagé comme designer chez Ford en Angleterre. Passé chez Ford Allemagne en 1971, il y dirige le studio de design dès 1974. Retour en Grande-Bretagne en 1976 pour devenir directeur du Design VU, VI (Transit et Cargo) et du studio de design extérieur. En 1979, il traverse une nouvelle fois la Manche pour Cologne où il devient en 1981 le numéro 2 du design de Ford Europe sous l'autorité de Uwe Bahnsen, présidant au design de la Sierra. Puis, de 1985 à 1987, il gère le nouveau centre de design avancé Volkswagen à Düsseldorf. C'est la dernière étape avant le retour en France, suite à sa nomination de directeur au bureau de style de la régie Renault.

Dès son arrivée chez Renault en 1988, Le Quément va façonner Renault Design à son image. Avec rigueur et inventivité, il saura instaurer un genre nouveau pour la maison,  le concept car. En effet, bien qu'ayant créé quelques carrosseries spéciales auparavant, Renault n'avait jamais vraiment exploité cette notion : faire des objets de rêve qui doivent inspirer des idées nouvelles tout en démontrant un certain savoir-faire.

C'est ainsi que naquit Mégane (autrement dit W06 de son nom de code), pionnière d'une très longue série de concepts. Il invente très vite la notion qui va sous-tendre l'ensemble des programmes de la marque : le "touch design", concrétisation d'une politique visant à améliorer sans cesse le confort d'utilisation, l'ergonomie, tout en accentuant le plaisir, l'aisance et le naturel des matériaux utilisés, le but ultime étant un meilleur rapport entre l'homme et la technique.

Mais Patrick Le Quément, ce n'est pas seulement une trentaine de concept cars, c'est aussi des modèles de série qui font partie du patrimoine et de l'image de Renault, et du patrimoine automobile français tout court. Dans cette saga, il y a bien entendu le projet W60, qui deviendra X06 et enfin Twingo. Autre réussite de Patrick Le Quément, la Mégane II, qui réussit à séduire le public avec un style totalement inédit et nouveau, selon un principe cher au directeur : le refus de l'uniformité. Il a également présidé aux destinées de la Laguna, de la Clio, de la Kangoo et de l'Espace, autant de modèles qui ont fait les beaux jours de la marque depuis près de vingt ans. Seules ombres au tableau, le Spider, la Vel Satis et surtout l'Avantime, enfant chéri de Le Quément, qui n'ont pas aussi bien réussi sur un plan commercial.

Mais qu'à cela ne tienne. Il semblerait bien que rien ne puisse freiner sa boulimie de l'action. Même l'arrivée de Carlos Ghosn n'a pas freiné le mouvement. Certes, son titre de responsable du design Renault s'est souvent accompagné d'autres responsabilités (telles que celle de la qualité à une époque) qui alourdissent considérablement sa mission. Mais avec 350 personnes sous ses ordres, l'acquisition de Samsung et Dacia et l'alliance avec Nissan, peut-il encore tenir le rythme, et suivre de près le design de tous les projets ?

Oui, si l'on en croit une interview accordée en 2005 à Gérard Caron, de Admirable Design. "Je reviens au design", déclarait-il. "Je suis maintenant sur le terrain, à côté des designers. Certes cela m'oblige à voyager sans cesse ; car nous avons ouvert des centres de design dans différentes régions du monde : en Espagne, à Paris Bastille, outre le Technocentre, en Corée, près de Séoul où travaillent environ trente designers, quand ils n'étaient qu'au nombre de 3 en 2000... Et nous venons d'ouvrir un "point design", encore modeste à Bombay où résident trois designers expatriés. A cela s'ajoutent des missions à Tokyo sur des projets spéciaux, comme le futur 4X4 Renault, fruit d'une collaboration Renault-Nissan-Samsung..."

Dans cette vie de voyages et de management, on pourrait douter du retour de Patrick Le Quément au design ! Mais sa réponse est claire :"Je suis avant tout un designer, je veux être là où les enjeux du design pour la marque se passent, là où les idées s'expriment et se dessinent. Même si cela paraît utopique, c'est possible !! Parce que j'ai en ce moment la meilleure équipe que j'ai jamais eue. Ce qui me permet de déléguer en toute confiance. D'autre part nous développons des techniques "tout numérique" pour disposer des technologies de design les plus performantes qui soient. Une façon aussi de se démultiplier..."

1 Le Quément se définissait d'ailleurs encore en 2006 comme "un Ferrariste dans l'âme"...

Avec de jeunes designers de la Hongik University, en Corée.

 

Création de "Renault Design"

Entré chez Renault en octobre 1987, il prit ses fonctions le 1er janvier 1988 à la tête d'un Centre Style qu'il débaptisa, restructura, et transforma en Direction du Design Industriel (DDI). Sa stratégie devint plus incisive et plus influente.

La DDI se composa dès lors de cinq branches : design extérieur programmé (dirigé par Michel Jardin), design intérieur programmé (Piero Stroppa), design avancé (Jean-François Venet), design industriel et véhicules utilitaires (ex-diversification, conduit par Jean-Paul Manceau) et enfin design qualité (sous la responsabilité de Christian Prats), le bras droit de Patrick Le Quément étant Jacques Nocher.

Il faut noter que cette structure allait encore évoluer. En septembre 1991, Jacques Nocher prit sa retraite et céda son fauteuil à Jean-Paul Manceau. Piero Stroppa passa à la direction du "design industriel et V.U." tandis qu'Anthony Grade lui succédait au "design interieur". Dans le même temps, le groupe "couleurs et matieres", dirigé par Martine Chevilllot devenait un service autonome.

Source : Renault - Un siècle de tradition haut de gamme. Repris sur le site renaultsafrane.free.fr