Lectric Leopard 953 : la Renault 5 électrique Ecologiques

Les Renault ont toujours constitué un support privilégié pour les constructeurs de voitures électriques, notamment américaine. La Dauphine fut notamment convertie en Henney Kilowatt, en Yardney Dauphine et en Mars I. En 1967, la Mars II (produite comme la Mars I par Electric Fuel Propulsion dans le Michigan, cette fois à partir d'une Renault 10) avait même motivé l'installation d'une série de cinq stations de recharge dans les Holiday Inn de la nationale 94, entre Chicago et Détroit, mais cette expérience n'eut pas de lendemain. Au début des années 80, suite à la troisième crise pétrolière des Etats-Unis, un regain d'intérêt pour les véhicules électriques traversa le pays. Plusieurs petites entreprises proposèrent des conversions de véhicules existants.

La Lectric Leopard 953 de 1979 était basée sur la Renault 5 Le Car, celle de 1980 sur la "Le Car", version typiquement américaine avec une calandre très différente. Une source parle de Leopard réalisées à partir des modèles R1227 (la première R5 américaine), R1228 (la "Le Car", phares ronds) et 1229 (la "Le Car", phares carrés). La conversion de ces Renault fut réalisée en 1979 et 1980 par U.S. Electricar Corporation, une société basée à Athol, dans le Massachussetts, filiale de C.H. Waterman Industries (fondée par Chandler H. Waterman). Exposée au Mondial de l'Automobile de Chicago en 1980, la Leopard se fit plus particulièrement remarquer lorsqu'un dénommé Steven Lough prit la présidence de la Seattle Electric Vehicle Association, créant des alliances avec le Washington Environmental Council et d'autres organismes voués à la protection de l'environnement. Il parvint à vendre localement la Lectric Leopard, principalement à des membres des médias.

La LL 953 originale possédait des batteries Exide de 6 volts (6 à l'avant, 10 à l'arrière) et un moteur Prestolite MTA4000 de sept pouces développant une moyenne de 12 cv réels, et 25 cv au maximum (plus tard un moteur Baldor fut installé). Le chargeur de 48 volts (courant continu) possédait un compteur pour douze heures. Selon le manuel d'instructions, il fallait compter environ une heure de charge pour 9 kilomètres ; pour réduire ce temps par deux, on pouvait brancher en parallèle un autre chargeur portable. Par la suite, des conversions individuelles seront réalisées avec d'autres moteurs tels que le XP-1263A de huit pouces, lequel a besoin d'un voltage élevé pour fonctionner correctement. A sa sortie, la 953 est proposée en pas moins de 8 coloris distincts. Aucune mention n'est faite de la marque Renault dans la promotion du véhicule, même si tous les signes distinctifs de la marque au losange demeurent...

Comme pour toutes les voitures électriques de cette génération, la conduite est décrite comme primitive par les usagers, un peu comme si l'on conduisait un chariot de golf fermé. Bien qu'économique, la Leopard affichait de piètres performances et plafonnait à 80 km/h (au lieu des 90 annoncés). Les accélérations étaient correctes mais le freinage médiocre, même si la Leopard passe pour une des conversions les plus réussies de l'époque. Au fond, le seul vrai plaisir que pouvait procurer ce genre de véhicules, c'était le regard stupéfait des passants, qui avaient l'impression de voir passer une cabine téléphonique sur roues. Vous pouviez prendre presque n'importe qui par surprise, le seul bruit réellement perceptible étant celui des pneus sur la chaussée... Il est regrettable que les performances des véhicules électriques restent presque aussi modestes aujourd'hui qu'à l'époque de la Leopard, il y a 25 ans...

Une quinzaine d'exemplaires de la 953 sont actuellement recensés comme en état de rouler aux Etats-Unis. En raison des diverses modifications apportées par les différents propriétaires quant au type de batteries, de chargeur, mais aussi aux freins ou aux commandes électroniques, il n'existe pour ainsi dire pas deux exemplaires identiques. Cela est d'autant plus vrai que U.S. Electricar Corp. a proposé des variantes du tableau de bord, du volant (certains arborent le logo Renault, d'autres celui de la société), etc. Un certain Tony McCormick a été plus loin dans la modification de son véhicule en le reconstruisant entièrement avec une suspension de Renault Alliance, un tableau de bord fait maison, des boutons et des fusibles modernes, et même un lecteur de CD intégré... Ce véhicule unique s'appelle la Lektron, nom qui figure d'ailleurs sur l'avant de la calandre, à la place du logo Renault que même U.S. Electricar Corp. n'avait jamais supprimé !

Outre sa version de la R5, la société est également connu pour sa Lectric Leopard 964, une conversion d'un autre modèle européen deux portes à hayon, la Fiat Strada (une Ritmo américaine), et une autre de la Bradley GTE Electric (également estampillée Lectric Leopard). Dans les années 80, la société sera rachetée par Solar Electric Engineering, basée en Californie, qui changera le nom en "US Electricar", tout simplement. La société convertira d'autres modèles tels que la Ford Escort, la berline tricorps Geo Prizm et la Destiny 2000 — une sportive deux places basée sur la Pontiac Fiero. Une conversion hybride du pick-up Chevrolet S-10 connaîtra même un succès modeste au milieu des années 90, mais les ventes de la société (devenue depuis Enova) resteront modestes, et elle se spécialise désormais dans l'ingénierie.