Farma : cousines des Rodéo... à la sauce grecque Etrangères

La Farma F était le modèle fourgonnette.

La Farma LS était une petite familiale.

De face, on reconnaît bien le style et les éléments empruntés à la Renault 14.

L'histoire de la firme MAVA remonte à plus d'un siècle avec la société Maniatopoulos Bros S.A., créée en 1926 par Nikos Maniatopoulos dans la ville portuaire de Patras pour importer vélos et motocyclettes, avant de produire finalement ses propres modèles (une activité qui fut réorganisée en 1977 sous la marque distincte Ideal, aujourd'hui Ideal Bikes). Bien plus tard, certains membres de la famille Maniatopoulos s'investirent dans le secteur automobiles et fondèrent la MAVA, qui devint l'importateur des voitures Renault pour la Grèce dès les années 60.

En 1979, MAVA entreprit de se lancer dans la production de modèles locaux en lançant sur le marché un modèle se situant entre routière et utilitaire, ce qui était très à la mode en Grèce à l'époque pour des raisons fiscales. MAVA confia la création du véhicule à Georgios Michael, un designer grec qui avait étudié l'architecture à Thessalonique et fait ses premiers pas dans le métier en Italie auprès de Coggiola et Ghia (pour qui il conçut des véhicules expérimentaux). Michael est l'un des rares designers automobiles grecs à avoir beaucoup travaillé dans son propre pays, puisqu'il dessina ou améliora des modèles pour Namco, DIM, Neorion, Agricola, MAVA-Renault et plusieurs autres marques grecques, principalement des véhicules commerciaux. Il est également l'un des cofondateurs du constructeur d'autocars athénien BEMKA.

Michael et son équipe achevèrent le développement et la construction du prototype (sur une plateforme de Renault 4, comme notre Rodéo) en un temps record, et le nouveau modèle, baptisé Farma, apparut la même année sur le marché. MAVA avait exigé — contre l'avis des employés — que le modèle soit présenté comme une Renault, aussi il fut envoyé en France pour y être testé et approuvé par la Régie. Désormais affublée du logo Renault, la Farma fut déclinée en plusieurs versions, du petit utilitaire quatre places à la fourgonnette. Son moteur 4 cylindres de 845cc développait 34hp, ce qui lui permettait d'atteindre une vitesse maximale de 110Km/h.

Le modèle eut même les honneurs d'une victoire dans un rallye, puisqu'en 1983, le pilote Sotos Kokkinis remporta le championnat de Groupe H à bord d'une Farma. Pour la petite histoire, Kokkinis allait renouveler l'exploit l'année suivante en Groupe A à bord d'une Renault 5 Alpine, puis en 1985 en Groupe N dans une Renault 5 GT, pilotant des Renault 5 GT Turbo en course jusqu'en 1989.

3500 exemplaires de la Farma furent construits au total, ce qui comprend également la Farma S, sorte de jeep courte introduite en 1983 et bénéficiant d'un petit restylage. Cette petite voiture attrayante eut même les honneurs de mentions dans la presse européenne mais fut un flop au plan commercial bien qu'elle restât au catalogue jusqu'en 1985. La loi grecque avait changé, ce qui eut des effets désastreux sur le marché pour ce type de véhicules, qui perdirent leur rentabilité. Mais surtout, l'arrivée au pouvoir du gouvernement socialiste d'Andreas Papandreou, avec son lot de nationalisations et de fermetures, eut des effets désastreux sur l'industrie grecque, et notamment automobile. Tout comme la Daihatsu Zebra et d'autres modèles uniquement locaux, la Renault Farma connut ses dernières heures et la compagnie fut dissoute.

Georgios Michael et son équipe avaient pourtant travaillé à un tout nouveau modèle, la toute nouvelle et très plaisante Farma Change qu'ils avaient présentée en 1985 en espérant donner de meilleures chances de succès à MAVA, alors même que la société venait de laisser tomber le projet pour se recentrer sur les seules importations. Un unique prototype de cette ultime version fut donc construit, sonnant du même coup le glas de la marque comme constructeur.

A ce jour, Georgios Michael est toujours actif dans l'industrie automobile locale. Il s'est récemment exprimé lors d'un colloque sur ce qu'il considérait "les occasions ratées de notre pays dans le domaine du design industriel et de l'élégance", soulignant le besoin de "revigorer ce secteur de l'industrie en Grèce".

 

La Farma S (photos ci-dessus et au centre) marquait une vraie évolution et ressemblait encore plus à une "vraie" Renault.

Peu de 3500 Farmas construites ont survécu, et bien que n'étant pas des modèles de collection sont extrêmement rares à trouver.