Retour  la page d'accueil 'La Complice', pick-up ludique et précurseur Spéciales

La Complice possède la finition d'un vrai modèle de série.

Le hayon initial est désormais scindé en deux battants distincts.

Le projet de Twingo Pick Up (au centre) présente mieux que ses deux concurrentes potentielles sur base de Peugeot 106 (en haut) et de Volkswagen Polo (en bas).

la capacité de chargement de la Complice en aurait fait un véhicule de loisirs idéal.

Partout où elle se rend, la Complice ne passe jamais inaperçue !

Un volant et des pédales qui font penser à une sportive...

Le caisson de rangement original situé derrière les sièges.

L'un des sièges de la Complice, revêtu de deux tons de cuir.

Philippe Holland ne manque ni d'idées... ni d'enthousiasme !

 

Philippe Holland en quelques repères biographiques

 

  • Dplômé du Art Center College of Design de Pasadena, en Californie
  • Designer freelance à Londres et directeur de Creative Edge Design Ltd. (1991-92)
  • Designer freelance à Bordeaux et instructeur d'anglais à Royan (1992-96)
  • PDG de Côte Ouest Concept, qui réalise la Twingo "Complice" (1995-96)
  • Enseignant en design transports et produits à Créapole-ESDI, Paris (on raconte que sa compétence n’avait d’égale que sa gentillesse). (1996-98)
  • PDG de PHA Ltd., un cabinet de consulting en design (1998-1999).
  • Il part vivre quatre ans en Allemagne.
  •  Il intègre le Studio Style de Peugeot à Sochaux.
  • Il dirige aujourd'hui l'équipe des stylistes du Style Citroën à Vélizy, près de Paris.
  • Il préside en décembre 2007 le jury du Trophée L'Argus du Véhicule Utilitaire de l'année 2008.
  • Philippe Holland se définit lui-même comme un éternel optimiste qui sait entretenir une bonne atmosphère de travail et aime travailler avec des gens passionnés et enthousiastes sachant mettre du coeur dans ce qu'ils font.
  • Grand sportif, il pratique le motocross, le rugby, le parachute et le squash.
  • Ses passe-temps comprennent la rénovation de vieilles maisons, la collection de vieilles voitures... et la cuisine !
  • Diplômé du Art Center College of Design de Pasadena, en Californie, le jeune designer britannique Philippe Holland comprend vite les tendances du marché automobile américain, et notamment l'importance du pick-up, qui représente déjà au milieu des années 90 un tiers du marché. Or il s'agit d'un type de véhicule largement ignoré en Europe, et particulièrement en France.

    Déçu par la standardisation des produits et des services qu'il constate en France, et tout particulièrement dans une industrie automobile au passé pourtant riche en innovation, Holland aimerait transposer le concept de pick-up, véritable institution aux Etats-Unis, à l'échelle européenne, tout en cherchant à proposer un nouveau créneau sur le marché des véhicules de loisirs. Il faut partir d'un modèle pouvant se décliner à la fois en petit véhicule sportif et de loisirs, mais également en variante purement utilitaire.

    N'ayant pas toutefois les fonds nécessaires à produire un tel véhicule, Philippe Holland et son équipe décident de partir d'un véhicule existant. Alors que les grosses voitures ont la faveur de ce type de carrosserie aux Etats-Unis, l'industrie automobile européenne a compris depuis longtemps la nécessité de produire des véhicules plus petits, tant pour des raisons économiques ou logistiques qu'environnementales. Or la France produit beaucoup de petites voitures, dont la Twingo est alors la plus petite et la plus originale.

    Ainsi donc naît l'idée d'une Twingo pick-up. Ce projet représente pour Holland un projet majeur. L'objectif est de créer une véritable "vitrine" pour Côte Ouest Concept, le studio qu'il vient de créer, mais aussi de tenter de convaincre Renault de la produire en petite série — ou à défaut de les laisser la produire eux-mêmes. L'idée même que leur petite société puisse s'associer à un grand constructeur national tient tout autant du rêve américain et de ses héros, comme l'ingénieur Tucker (dont la vie portée à l'écran a marqué Holland) que du récit biblique de David terrassant Goliath... Quoi qu'il en soit, le projet est aussi audacieux que visionnaire.

    Partir d'un modèle existant permet à Holland une approche plus pragmatique et moins conceptuelle. Bien trop souvent, des modifications excessives détruisent l'harmonie d'un modèle, soit parce que le designer n'a pas saisi l'esprit du concepteur original, soit à cause de contraintes techniques. Holland a toutefois compris tout de suite en voyant la Twingo que la transformation n'oterait en rien à son aspect sympathique.

    Après de longues heures à étudier le modèle sous tous les angles avec son équipe et à évaluer les différentes options qui s'offrent à eux, Holland réalise des rendus réalistes par photomontage au lieu de dessins car il veut s'approcher au plus près du résultat souhaité et également mieux faire comprendre au carrossier, Luc Drevelle, le résultat qu'il cherche à obtenir.

    En partant d'une image de profil, Holland augmente l'empattement pour accroître la charge utile, et réutilise la partie supérieure du hayon pour fermer l'arrière de l'habitacle. Il veille aussi conserver à la Twingo les courbes séduisantes du modèle initial. Il essaiera également différentes configurations pour les roues jusqu'à ce que l'effet de volume souhaité soit atteint.

    En parallèle, Holland prépare une série d'images qui montrent ce à quoi pourraient ressembler les modèles de la concurrence s'ils étaient eux aussi déclinés dans des versions pick-up à la fois sportives et utilitaires, en augmentant à chaque fois l'empattement initial. Si la Volkswagen Polo ne fonctionne pas très bien, notamment à cause de l'angle trop aigu entre le hayon et les custodes, l'Opel Corsa donne un joli résultat, et la Peugeot 106 présente elle aussi très bien... mais Holland fait en sorte que la Twingo soit la plus belle du lot !

    Travailler un modèle en 2D va vite. Hélas, il est impossible de "ressentir" le volume obtenu. Heureusement, la formation de designer de Holland et son expérience lui permettent d'anticiper ce que donneront ces transformations dans la réalité. Les clichés finaux seront exacts au millimètre près.

    Tout au long du processus, il travaille sur des clichés noir et blanc car il ne veut pas que la couleur interfère dans sa perception des surfaces qu'il élabore. En effet, en photomontage comme en graphisme, si les rapports entre forme, objet et position fonctionnent bien en noir et blanc, alors ce sera également le cas en couleurs. A l'inverse, les images travaillées en couleurs peuvent s'avérer décevantes quand on les visualise en noir et blanc.

    Pour être certain que le produit final ressemblera à un modèle de production et non simplement à une transformation artisanale, il faut que chaque élément soit envisagé comme un produit à part entière. Les éléments profilés situés de part et d'autre de la zone de chargement, par exemple, font l'objet d'une étude propre, car ils doivent à la fois être esthétiques et fonctionnels. C'est au prix de ce genre de détails que le résultat semblera professionnel.

    Le prototype est réalisé sur la base d'une Twingo de faible kilométrage qui a été réformée suite à un accident. Il faudra donc tout d'abord réparer les dégâts et vérifier si le véhicule est sain. Une fois fait, Holland et son équipe peuvent s'attaquer à l'habitacle. En réutilisant autant d'éléments que possible de la vraie Twingo, Holland souhaite minimiser les coûts, tout en se rapprochant le plus possible d'une finition de série.

    C'est ainsi qu'il choisit d'obturer l'arrière de l'habitacle en recyclant la partie supérieure du hayon, scié à l'horizontale, qui viendra se placer en arrière des sièges, conservant son articulation pour permettre éventuellement de loger des objets trop longs tels que des planches de surf ou des échelles (une configuration jusque-là inédite sur une voiture). La partie inférieure sera quant à elle conservée à sa place, mais s'articulera vers le bas. La partie inférieure du hayon rapporté est obtenue par une feuille d'acier pliée en forme de longeron et soudée entre les flancs. La voiture étant légèrement plus large au milieu qu'à l'arrière, un petit ajustage du hayon permet d'obtenir très exactement la forme arrondie que Holland recherchait pour l'arrière de l'habitacle.

    La seconde étape consiste à sectionner la voiture en deux en arrière des portes et de rallonger l'empattement (et donc le châssis) de 26 cm. Le réservoir de carburant doit être déplacé pour retrouver son emplacement d'origine. Il faut aussi renforcer le bas des ailes, fabriquer de nouvelles ailes intérieures, un nouveau plancher ainsi que des panneaux d'ailes extérieures. Tout ceci paraît facile mais nécessite des centaines d'heures de travail.

    Une fois la voiture peinte d'une couche de même couleur, l'équipe peut se rendre compte en taille réelle que la décision de rallonger l'empattement était la bonne, ce qui la stimule d'autant plus à se hâter pour présenter le prototype à la date prévue... et tant pis si Noël est déjà là !

    L'intérieur de la zone de chargement prendra du temps à finaliser car Holland souhaite y inclure un arceau pouvant servir à retenir des planches à voile, des VTT ou autres équipements de loisirs. Celui-ci est recouvert d'une peinture d'aspect plastique assortie aux boucliers, toujours dans l'optique d'obtenir une finition semblable à celle d'un vrai modèle de série. Il y a même la possibilité d'intégrer des hauts-parleurs dans les flancs de la plate-forme.

    Mais l'intérieur n'est pas pour autant négligé. Il faut que le client ait envie de s'approprier le véhicule, d'y vivre en somme. L'émergence des monospaces a conduit les designers à concevoir des intérieurs polyvalents, autant adaptés aux loisirs le week-end qu'au transport durant la semaine. Partant du même raisonnement, l'équipe de Holland comprend que modifier l'empattement du véhicule impactera forcément la configuration de l'habitacle... et comme le prototype va préfigurer la version "sports et loisirs" de la Twingo pick-up, l'intérieur devra aussi refléter cette identité spécifique en se montrant un peu plus audacieux. Holland reconnaît aussi qu'il a voulu "se faire plaisir" au passage !

    La forme incurvée du demi-hayon permet d'obtenir un volume utile intéressant derrière les sièges pour pouvoir par exemple loger des bagages légers ou une sacoche à outils, et également éviter l'impression de claustrophobie que les pick-ups procurent trop souvent par la proximité de la charge utile derrière les sièges. A l'intérieur du hayon, une feuille d'aluminium de 4mm d'épaisseur est fixée par des vis à tête plate cachées sous le capitonnage pour former une sorte de pare-feu. Afin de maximiser cet espace, un sorte de caisson en forme de boîte aux lettres, presque aussi large que la voiture, profond de 14 cm et haut de 40 cm, y est inséré.

    Une fois habillé du même tapis gris sombre que le reste de l'habitacle, il forme une zone de rangement très utile, discrète et pratique à la fois. Lorsque les sièges sont en position normale, il est presque impossible d'apercevoir ce rangement. A chaque extrémité, des caissons de basses qui s'ajoutent aux baffles du tableau de bord. Tout ce matériel est aux normes nautiques, ce qui signifie qu'il est étanche et ne se détériorera pas au contact de l'air marin.

    L'alcantara, sorte de daim synthétique, est un temps envisagé pour recouvrir les sièges, mais sa piètre résistance à l'eau et son nettoyage difficile font préférer le cuir. Celui-ci s'harmonise avec la livrée fuschia et mimosa du véhicule. Quant aux boutons intérieurs, ils sont peints en jaune pour aller avec les sièges et ajouter un côté "fun" au véhicule.

    Il n'y a pas que les oiseaux qui soient attirés par ce qui brille, les conducteurs aussi ! L'un des sponsors du projet fournira gracieusement des pédales, un levier de vitesse et un volant ajouré en aluminium, qui, bien que n'étant pas exactement du goût de Holland, ajouteront un zeste d'originalité au véhicule. Au final, l'intérieur se révèle pratique et agréable, conservant l'habitabilité de la Twingo d'origine sans sacrifier de la place pour ranger des bagages.

    "La Complice" est prête... Elle est présentée à l'équipe de Renault Design et aux conseil de direction de la marque le 16 janvier 1996, où elle reçoit un accueil mitigé. Peut-être que dans la grisaille parisienne de ce mois de janvier, la mer, le soleil et la plage semblent un peu lointains, et qu'un véhicule de loisirs ne paraît pas prioritaire. On critique par exemple le choix des boutons intérieurs jaunes... détail qui se retrouvera pourtant sur les Twingo de série deux ans plus tard !

    Le prototype commence toutefois à générer de l'intérêt et apparut dans tous les principaux magazines automobiles ainsi que dans plusieurs programmes de télévision et de radio locaux et nationaux. Même Auto & Design, revue référence des designers, lui consacre un article, et Turbo, le magazine de M6, un reportage. En Angleterre et en Allemagne, l'accueil est chaleureux, et partout où elle passe, la Complice attire les regards. Des policiers l'arrêtent régulièrement... pour avoir le plaisir de la voir en détails !

    Plus de 500 commandes sont passées dans les six premiers mois, mais la société de Philippe Holland ne pourra pas les honorer sans l'accord de Renault... qui ne viendra pas. Certes, Holland recevra une promesse orale qu'il pourra développer lui même le projet, mais après des mois d'attente, Renault fera finalement barrage, invoquant une raison "technique" sans jamais fournir la moindre explication. Même les concessionnaires qui ont soutenu le projet en présentant le prototype à des fins promotionnelles ne parviendront pas à faire fléchir la maison mère, qui lancera peu après son Kangoo...

    Faisant suite à la Complice, Holland proposera même une Twingo Landaulet, un "semi-cabriolet" dont la transformation extrêmement simple à réaliser ne modifiait pas le châssis original... en vain. Philippe Holland gardera de tout ceci une petite amertume, d'autant que les autres montages réalisés autour des concurrentes Peugeot, Opel et Ford ont tous abouti à des versions réelles basées très largement sur ses spécifications ! Ainsi Franco Sbarro proposera quelques mois plus tard, une 106 pick-up, qui ne sera finalement jamais produite : la France n'est semble-t-il pas prête pour les pick-ups... Ford et Opel lanceront toutefois leurs pick-ups au Brésil avec succès (le châssis de la Corsa restant inchangé, compensé par un porte-à-faux arrière allongé).

    La Complice inspirera encore Laurent Vaullerin, un carrossier du Cher qui en reprendra le principe pour réaliser sa propre Twingo pick-up. Un carrossier italien, Navetta 2000, proposera quant à lui des variantes de plage entièrement découvertes de la Twingo, dont un modèle unique spécialement préparé pour le président du Conseil, Silvio Berlusconi.

    Mais qu'est devenue la Complice, par laquelle tout a commencé ? Il fut un temps où Philippe Holland se rendait à son bord à des festivals de surf, toujours accueilli par des applaudissements, des cris enthousiastes... et des commandes, qu'il ne pouvait hélas jamais honorer ! Aujourd'hui, elle dort dans un garage à Royan et ne rechignerait pas à trouver un nouveau propriétaire qui saurait la bichonner...

     

    Traduit et adapté librement d'un texte de Philippe Holland.

    Il faut tout d'abord réparer les dégâts...

    Une fois saine, la voiture est prête à être transformée...

    Le véhicule est sectionné pour être rallongé de 26 cm.

    Le dessous du plancher qui viendra habiller la zone de chargement du futur pick-up.

    Une fois transformée, la Complice confirme la validité des choix fe Philippe Holland et son équipe en termes de volumes et de style.

    Un emplacement est prévu pour des enceintes, tandis que des supports sont prêts à accueillir l'arceau.

    Le profil qui borde la zone de chargement fait l'objet d'études spécifiques.

    Presque complète, la Complice attend encore son arceau et sa décoration finale.

    La 106 Pick-up proposée par Sbarro quelques mois après la Complice.

    La Corsa Pick-up trouvera un vrai public au Brésil.

    Lorsque Philippe Holland imagine sa Complice en tenue de Formule 1, cela donne ce montage fantaisiste et amusant...

    Pour ne pas avoir à modifier le hayon (et peut-être ainsi augmenter les chances d'approbation du projet), Holland propose la Twingo Landauler, un semi-cabriolet.

    Malgré le réalisme de ce cliché, et le fait que Renault ait autorisé la réalisation d'un prototype s'il était ensuite détruit,, il ne s'agit ici que de photomontages qui montrent le Landaulet ouvert (en haut) et fermé par une capote (en bas). Une Ford Ka Landaulet sera également envisagée.

     

    Ces étonnantes Twingo Pompiers et Safari, aussi drôles qu'irréalistes, ont été construites par Luc de Clairfayt pour la société Promocourse, et présentent des similitudes troublantes avec la Complice et le Landaulet...